Socio
-économie
On utilise ici le terme socioéconomie pour regrouper l’économie sociale et solidaire au sens actuel du terme, mais aussi d’autres mesures et mouvements qui pourraient contribuer à démocratiser l’économie et à mieux supporter l’ensemble du vivant.
L’économie sociale regroupe coopératives, OBNL et mutuelles qui placent la finalité sociale, la propriété collective et la gouvernance démocratique au cœur de leur activité. Elle revient au premier plan dans un Québec qui fait figure d’exemple à l’international, mais qui reste marqué par la montée des inégalités, la détérioration environnementale et des crises structurelles importantes.
Une « nouvelle socio‑économie » pourrait se décrire comme une économie profondément démocratique, écologique et solidaire, qui reprend les acquis de l’économie sociale mais les pousse plus loin pour répondre aux critiques, telles que la dépendance à l’État, la marchandisation, la précarité et les limites écologiques.
De la Constitution au conseil d’administration: la démocratie économique en entreprise
Espagne
Problématique
Le modèle économique espagnol est marqué par une faible participation des travailleurs aux décisions et à la propriété des entreprises malgré les principes inscrits dans la Constitution espagnole depuis 1978. Cette situation révèle un déséquilibre persistant entre capital et travail, accentué par la crise du Covid-19 qui a exposé le rôle essentiel mais peu reconnu des salariés.
Retombées
La réforme engagée par Yolanda Díaz au sein du gouvernement de Pedro Sánchez vise à repenser la gouvernance des entreprises en renforçant la démocratie économique, afin de réduire les inégalités, améliorer la reconnaissance des travailleurs et répondre aux enjeux contemporains de justice sociale et de légitimité économique.
Défi
Passer d’une reconnaissance formelle de la participation des travailleurs (inscrite dans la Constitution) à une mise en œuvre effective dans les entreprises. Il s’agit d’une réorientation des entreprises s’inscrivant dans une démocratie économique.
Syndicats de locataires VS Méga-propriétaires
Londres, Royaume-Uni
Problématique
La montée des revenus associés aux loyers, dividendes et intérêts accentue les inégalités : les propriétaires captent la richesse, tandis que les résident·e·s et les petits commerces subissent les loyers et les coûts d’énergie. Les syndicats traditionnels, centrés sur l’emploi, laissent sans outils collectifs les personnes dépendantes des détenteurs de capitaux.
Retombées
Le syndicat de quartier organise la solidarité entre résident·e·s et commerces d’un même méga-propriétaire pour négocier collectivement avec les bailleurs, partager des ressources juridiques et coordonner des actions (blocage ou négociation de loyers, fonds solidaires).
Défi
Adapter une logique syndicale à l’économie des actifs : relier outils numériques, confiance communautaire et coordination à distance, tout en franchissant les obstacles juridiques d’un modèle encore expérimental.
Transition communautaire visant les propriétés excédentaires
Surplus Property Transition Initiative (SPTI), Canada
Problématique
Les groupes communautaires n’ont souvent le temps ni les ressources nécessaires pour élaborer une proposition crédible avant qu’un bâtiment public excédentaire soit vendu au privé, ce qui limite leur accès aux actifs collectifs au profit d’acheteurs mieux capitalisés.
Retombées
La SPTI accorde jusqu’à 18 mois de répit avant la mise en vente d’un immeuble, période durant laquelle la province assume une part des coûts d’entretien et soutient la planification communautaire. Ce délai permet aux organismes de développer un projet solide, d’obtenir des appuis financiers et de formaliser des partenariats structurants à travers une entente tripartite entre ministère, propriétaire et promoteur.
Défi
Assurer la viabilité des projets soumis dans les temps impartis et maintenir l’équilibre entre accompagnement public et rigueur de sélection, afin que l’accès au foncier public favorise réellement le développement communautaire plutôt qu’un simple report administratif.
Plateformes ouvertes de données solidaires
Impact.gouv (plateforme nationale RSE) – France
Problématique
Les entreprises sociales et les coopératives n’avaient pas d’outils standardisés pour rendre publics leurs impacts sociaux, écologiques et de gouvernance, freinant la transparence et l’adoption massive.
Retombées
Outil commun de suivi : 47 indicateurs, données ouvertes accessibles à tous, amélioration concrète de la confiance des client·e·s/partenaires, montée forte des investissements responsables et anticiper les réglementations à venir.
Défi
Adoption large hors cercles engagés, harmonisation des indicateurs à l’international.
Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles
Montérégie, Saguenay–Lac-St-Jean, Chaudière Appalaches
Problématique
Les travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec n’ont pas toute l’information concernant leurs droits, leurs obligations et leurs responsabilités. Des abus peuvent avoir lieu dans leur milieu de travail et ces personnes peuvent vivre de l’isolement.
Retombées
Par l’intermédiaire de plusieurs services, incluant l’accueil à l’aéroport, l’accompagnement en matière d’immigration, de santé-sécurité et de francisation ainsi que par l’organisation d’activités sociales, ce réseau (RAATMAQ) permet de fournir un soutien essentiel aux travailleurs et travailleuses.
Défi
Le manque d’éducation du public à l’égard des personnes travailleuses migrantes, le manque de représentation des intérêts des personnes travailleuses migrantes auprès de diverses instances gouvernementales provinciales et fédérales.
2035 / FICTIF
Un nouveau record pour le marché des obligations communautaires
Cet outil de démocratisation de la finance qui a émergé au début des années 2000 atteint maintenant un marché record d’un milliard de dollars au Canada. Cette expansion a entre autres été rendue possible grâce à une plateforme de courtage centrale, des fonds de garantie et un marché secondaire de revente des obligations.

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Défis et menaces
La vie est de moins en moins abordable, le financement public ralentit, la concertation territoriale, l’innovation sociale et la mesure de l’impact restent fragmentées et peinent à rivaliser avec les modèles capitalistes dominants. Les petites organisations souffrent parfois d’un manque de relève et de reconnaissance institutionnelle, les règles du système n’évoluent pas assez rapidement pour supporter leur croissance, et c’est plus difficile de démarrer une organisation à vocation sociale quand les coûts de la vie explosent.
Questions clés pour le futur
- Comment peut-on redéfinir la valeur d’une organisation, de manière à créer des boucles de rétroaction avec les autres horizons démocratiques présentés ?
- Comment garantir l’accessibilité et la croissance de l’économie sociale en région et favoriser l’innovation ?
- Quels indicateurs de progrès social permettront de mieux mesurer ses retombées économiques, sociales et écologiques ?
- Quels outils pour renforcer la gouvernance démocratique et la participation citoyenne ?
- Comment soutenir la relève, la diversité des acteurs et l’autonomie locale ?
- Comment mieux soutenir la capacité d’innovation de l’économie sociale sans perdre son ancrage démocratique ?