Techno-
politique
Les adultes québécois (2023) passent en moyenne 2 heures 56 minutes par jour sur les réseaux sociaux. 62 % des 15-24 ans obtiennent leurs nouvelles sur les médias sociaux au Canada, alors que les nouvelles canadiennes ne sont plus disponibles sur Google et sur les plateformes de Meta depuis la fin de l’été 2023. Pendant ce temps, les revenus publicitaires pour nos médias sont en chute libre et on ignore ce que ces jeunes voient chaque jour sur ces réseaux.
Qu’on le veuille ou non, l’enchevêtrement entre les technologies numériques et les sphères politiques est devenu l’un des terrains de bataille de la gouvernance collective moderne ; chaque débat, chaque mobilisation et décision politique s’articule désormais en partie autour de plateformes numériques, d’algorithmes et d’infrastructures étrangères dont nous pouvons difficilement nous passer sans représailles.
Un horizon de démocratisation techno‑démocratique, c’est un futur où architectures numériques, IA et plateformes sont redessinées comme des biens communs gouvernés par les citoyens, alignés sur la participation, la justice sociale et la souveraineté culturelle plutôt que sur le seul pouvoir de Big Tech et des États.
e-Démocratie fondée sur les droits numériques
E-Estonia – Estonie
Problématique
L’accès inégal et la confiance limitée dans la participation politique minaient l’exercice effectif des droits démocratiques, et l’absence d’outils en ligne freinait l’engagement citoyen dans la gouvernance collective.
Retombées
Grâce à l’identité numérique universelle, au droit de vote électronique garanti à tout le monde, chaque Estonienne jouit de droits et responsabilités accrus : participation directe aux élections et consultations législatives, transparence maximale et accès aux services publics 24/7. Plus de 50 % des électeurs et électrices utilisent le vote en ligne, sans scandale majeur de piratage ni de corruption.
Défi
Prévenir la fracture numérique et garantir que toutes et tous, y compris les minorités et les personnes non citoyennes, bénéficient de ces nouveaux droits ; assurer transparence, sécurité et protection des libertés dans un contexte technologique évolutif.
Plateforme d’initiative citoyenne à effet parlementaire contraignant
Rahvaalgatus.ee – Estonie
Problématique
L’enjeu était de donner un pouvoir direct de proposition et de suivi législatif à la population, afin d’ancrer la gouvernance numérique dans le quotidien des citoyen·ne·s, en s’assurant que la technologie démocratise vraiment la prise de décision.
Retombées
Depuis son lancement, la plateforme a permis à un tiers de la population d’initier ou de soutenir des débats, 120+ initiatives sont arrivées au Parlement et 60 à des conseils municipaux ; résultats : débats publics accrus, modernisation des politiques et renforcement du contrôle citoyen.
Défi
Transformer la gouvernance collective au-delà de la division entre gouvernement et collectivités : traçabilité, lien direct et transparent entre citoyen·ne·s et personnes législatrices.
Soutien public massif à des plateformes numériques locales
Chine
Problématique
La dépendance aux plateformes technologiques étrangères expose une société à la captation de ses données, à la perte de contrôle sur ses infrastructures numériques essentielles, et limite le développement d’écosystèmes innovants et adaptés aux besoins locaux.
Retombées
En Chine, l’État a fortement investi dans ses propres plateformes numériques (e-commerce, réseaux sociaux, fintech, cloud), soutenant leur croissance par des subventions, un encadrement réglementaire actif et la création de conditions équitables face aux géants internationaux.
Défi
Le défi pour le Québec serait d’adapter ces leviers de soutien massif tout en préservant la gouvernance démocratique, la diversité des acteurs et la transparence, et ce, sans créer trop d’insatisfaction locale et au sud de la frontière.
Registre des algorithmes publics
Chine
Problématique
Pour encadrer l’usage massif d’algorithmes (IA, modération, notation sociale) dans tous les secteurs de la société, la Chine a mis en place un registre obligatoire des algorithmes déployés par les géants du web et les plateformes de services publics.
Défi
Le registre vise davantage à renforcer le contrôle étatique qu’à promouvoir une gouvernance démocratique ; une adaptation québécoise devrait prioriser la transparence, la coconstruction des normes et l’accès citoyen effectif au registre.
Délibération de masse et de qualité en ligne
vTaiwan – Taïwan
Problématique
Face à la défiance envers les institutions et à la difficulté d’intégrer la diversité citoyenne dans la législation entourant les enjeux techno politiques (données, IA, plateformes…), Taïwan a cherché à rendre la délibération numérique réellement inclusive, transparente et structurante.
Défi
Maintenir l’indépendance vis-à-vis des intérêts privés et politiques tout en gardant une participation large et continue ; surmonter la fatigue citoyenne et les barrières d’accès numérique. Éviter les scandales autour de dépenses exorbitantes et inefficaces de la numérisation de services publics (SAAQclic…).
Un accord international est ratifié
sur les biais algorithmiques des GAFAM
Il sera maintenant possible pour chaque pays et régions de décider des biais algorithmiques qui les affectent afin de renforcer les valeurs communes votées par ses communautés.

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Défis et menaces
La centralisation des données, la domination des infrastructures privées, les « boîtes noires » algorithmiques et le manque de contrôle sur l’intelligence artificielle complexifient radicalement la gestion collective. De plus, on doit faire face aux projets de loi C-2, C-12, C-8 et C-9, qui accorderaient au gouvernement un accès étendu aux données personnelles et renforceraient la surveillance, avec des risques accrus pour la vie privée et la criminalisation de l’expression citoyenne.
Questions clés pour le futur
- Quelles conditions pour une gouvernance ouverte, transparente et participative à chaque niveau numérique ?
- Comment préserver la diversité culturelle, linguistique et sociale dans ce nouvel écosystème ?
- Comment s’assurer de ne pas dépendre de systèmes dont la complexité échappe à notre entendement?
- Comment favoriser une culture numérique civique qui rende les personnes citoyennes coautrices des politiques technologiques plutôt que simples usagères ?
- Comment protéger la souveraineté cognitive des citoyen·ne·s face à la manipulation algorithmique et à la personnalisation extrême des contenus ?